Le football est-il en train de perdre son âme au profit des bilans comptables ? Si cette question semble aujourd’hui banale, l’ouvrage de Daniel Ollivier, Football : Entre passion et business, y apporte une réponse d’une densité rare. Loin des clichés, l’auteur livre une analyse systémique du « foot-business », un terme souvent galvaudé qu’il prend le temps de définir et de déconstruire. Pour Footstorm, c’est l’occasion de plonger dans les rouages de cette industrie qui ne dort jamais.

Une critique pointue : La fin de l’exception sportive ?

L’analyse de Daniel Ollivier repose sur un constat central : le football a basculé d’une économie de « subsistance » (basée sur la billetterie locale) à une économie de spectacle mondialisée.

La financiarisation et le modèle « Winner-Takes-All »

L’auteur démontre avec brio comment la concentration des richesses (droits TV, sponsoring) a créé un cercle vicieux — ou vertueux selon le point de vue comptable. Les grands clubs européens ne sont plus seulement des associations sportives, mais des plateformes de divertissement. Ollivier pointe du doigt la vulnérabilité de ce modèle : une dépendance totale à la croissance des revenus marketing qui pousse à une inflation des salaires souvent déraisonnable.

La RSE : Gadget ou bouée de sauvetage ?

L’un des aspects les plus pointus du livre concerne la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Ollivier soutient que pour survivre à la crise identitaire qui le guette, le football doit réintégrer des valeurs éthiques et sociales. Il ne s’agit plus seulement de gagner des titres, mais de justifier son utilité sociale dans un monde qui change (écologie, inclusion, ancrage local). C’est sans doute la partie la plus visionnaire de l’ouvrage.

À qui va plaire ce livre ?

Ce livre ne s’adresse pas forcément au supporter qui ne s’intéresse qu’au score du dimanche soir. Il est indispensable pour :

Existe-t-il des livres similaires ?

Si vous avez aimé l’approche de Daniel Ollivier, Footstorm vous recommande d’explorer ces pistes :

  1. « L’Économie du football » de Jean-François Bourg et Jean-Jacques Gouguet : Plus académique, c’est la « bible » pour comprendre les mécanismes financiers purs.
  2. « Comment ils nous ont volé le football » d’Antoine Dumini et François Ruffin : Pour une approche beaucoup plus politique et engagée sur la perte d’identité populaire.
  3. « Soccernomics » de Simon Kuper et Stefan Szymanski : Pour comprendre comment la data et les statistiques ont transformé le business du recrutement.

Les autres ouvrages de Daniel Ollivier

Daniel Ollivier est avant tout un expert en management et en ressources humaines. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le management d’équipe et la performance collective, comme Génération Y mode d’emploi ou Le Management de proximité. Sa force est d’appliquer ces concepts de haute performance d’entreprise au monde du football.

Le verdict de Footstorm ⚡

Note finale : 18/20

En lisant Ollivier, on ne peut s’empêcher de réfléchir à notre propre passion. Soyons honnêtes : le football post-COVID a laissé des traces.

Nous avons traversé une période de sevrage brutal, pour ensuite être gavés par un calendrier devenu illisible. Quand on regarde la saison passée du PSG, ou de n’importe quel grand club européen, on frôle les 60 matchs officiels. Entre la nouvelle formule de la Ligue des Champions, les coupes nationales et les matchs internationaux, le football est devenu un flux continu.

Le problème ? L’événement tue l’émotion. Comment vibrer pour un match de poule en janvier quand on sait qu’il y en a encore dix derrière ? La multiplication des compétitions (comme la Coupe du Monde des Clubs à 32) transforme chaque rencontre en un simple « contenu » pour diffuseur. On ne regarde plus un match, on consomme une minute de temps de cerveau disponible.

La passion entachée, c’est ce sentiment que le foot ne nous appartient plus. Et c’est là que le livre de Daniel Ollivier est salvateur : il nous aide à comprendre que notre frustration n’est pas un manque d’amour pour le jeu. Mais une réaction saine face à une industrie qui tente de presser le citron jusqu’à la dernière goutte.